Vincent Aurez, co-fondateur de Figen AI : « Nous avons besoin de l'économie sociale et solidaire pour façonner l'intelligence artificielle de demain ! »

13 avril 2026 7 min de lecture Tribunes

16 Avril 2026

Lors de la séance du Conseil d'orientation du Labo de l'ESS du 16 octobre 2025, Vincent Aurez, cofondateur de la société Figen AI et membre du Conseil d'orientation, a présenté les avancées récentes de l'intelligence artificielle, et les opportunités et limites qui en découlent. Dans cet entretien qui fait partie du dossier ESS et intelligence artificielle du Labo de l'ESS, il partage sa vision.

Pourriez-vous nous présenter votre parcours et votre organisation, Figen AI ?

Je suis Vincent Aurez, le président et cofondateur de la société informatique Figen AI qui développe des outils qui s'appuient sur l'intelligence artificielle. C'est la première société à mission du secteur de l'intelligence artificielle, et nous avons donc des objectifs sociaux et environnementaux dans nos statuts.

J'ai un parcours dans les objectifs extra-financiers, j'ai créé plusieurs associations et aussi été manager d'une société de conseil sur les sujets de développement durable. Beaucoup de personnes autour de moi s'étonnent que je travaille désormais dans le secteur de l'IA, mais pour moi, cela fait parfaitement sens ! J'ai toujours été passionné par le fait de transformer les structures économiques pour poursuivre d'autres objectifs que le seul gain financier.

Aujourd'hui, je travaille avec beaucoup d'enthousiasme sur l'IA et réfléchis à ce que nous pourrons faire avec un outil qui est, pour certaines choses, plus intelligent que les humains. Je suis convaincu que l'IA va permettre la démocratisation de la connaissance, et que cela sera très intéressant pour les associations et l'ESS.


Comment alliez-vous l'usage de l'IA et les valeurs de l'ESS que sont importantes pour vous ?

J'essaie, autant que possible, de montrer des usages de l'IA qui pourraient avoir des retours positifs pour les acteurs de l'ESS et leurs bénéficiaires directs.

Consommation énergétique des modèles d'IA

Aussi, j'ai moi-même créé une entreprise qui fait attention à la consommation énergétique des modèles d'IA sollicités, ainsi que la localisation des centres de données et leur efficacité énergétique. Nous faisons de la recherche et développement sur la question pour utiliser de plus en plus de modèles dits locaux, et hébergés sur ordinateur, sans usage d'Internet.

Que voudriez-vous dire à une personne qui ne serait pas encore renseignée sur l'IA ?

Méfiez-vous des magiciens

Tellement de choses ! Avant tout, je dirais que nous devons nous méfier des magiciens qui promettent que l'IA va tout changer. Je crois profondément que cet outil changera et change déjà beaucoup de choses, mais nos structures économiques et les phénomènes d'injustice resteront les mêmes si nous ne nous mettons pas en marche pour y travailler. Ce n'est pas un nouvel outil qui va tout changer pour le mieux ou pour le pire ! Tout dépendra de ce que nous en ferons.

Je voudrais aussi encourager le plus grand nombre à s'intéresser à l'intelligence artificielle ! Nous vivons une révolution technologique. L'IA ne se contente pas de faire de la reproduction de contenu : cette technologie peut créer de nouvelles choses, ce qui est du jamais vu.

Il faut aussi pouvoir faire la différence entre un outil comme ChatGPT et le logiciel Mistral, un modèle d'IA basé en France, qui peut être hébergé sur son ordinateur. Certains outils respectent des standards éthiques, d'autres non, et il faut savoir se renseigner sur la question.

A partir de là, il sera intéressant de se demander ce que l'IA peut apporter aux utilisateurs

Et selon vous, que peut apporter l'économie sociale et solidaire à cette réflexion ?

A mes yeux, l'ESS ne doit pas faire l'erreur de fermer les yeux sur le développement de l'IA, au risque de ressembler aux entreprises qui ont refusé pendant des décennies d'aborder la question du changement climatique.

Le monde de demain aura encore plus besoin de l'économie sociale et solidaire, et un bon outil d'IA pourrait être une façon d'y contribuer. Nous pourrions imaginer un outil d'IA entraîné pour l'ESS, par exemple. Sans aucun doute, l'ESS aura quelque chose à dire dans un monde où l'IA fera partie de nos habitudes, pourvu qu'elle s'y intéresse !

"Chaque modèle d'IA est politique, que ce soit au niveau des bases de données, la localisation des serveurs et le modèle économique."

— Vincent Aurez

Ainsi, les valeurs de l'ESS pourraient nous guider dans l'usage de l'IA. Il nous faudra nous poser la question de la gouvernance des outils d'intelligence artificielle, pour envisager des modèles différents.

Souvenons-nous de l'arrivée et du développement d'Internet : son modèle a complètement changé depuis ses débuts. Cela est vrai aussi pour les réseaux sociaux, les vidéos en ligne, et tous les outils du web ! Les mêmes changements s'appliqueront à l'IA. Prenons part aux discussions maintenant, pour façonner l'IA et ses usages dans 10 ou 20 ans.

L'ESS pourra aussi apporter sa pierre à l'édifice concernant la sobriété dans l'usage de l'IA. Il est indéniable que cette technologie consomme de la matière, de l'énergie et du foncier, et nous devons mener une réflexion essentielle pour fixer et atteindre des objectifs de sobriété dans les années à venir, y compris au niveau des usages, dans l'objectif d'utiliser le bon outil pour les bonnes raisons. L'IA serait, par exemple, un allié de taille pour accélérer le développement des communs, en démocratisant des connaissances et informations pour le plus grand nombre. Et dans quelques années, peut-être que nous aurons des coopératives de data centers d'IA, comme ce qui a été fait pour les énergies renouvelables !

Bien sûr, nous devons réfléchir aux conséquences environnementales, mais à mes yeux nous aurions tort d'oublier les bénéfices sociaux possibles d'un usage raisonné de l'IA.


Auriez-vous un exemple ?

Tout à fait ! J'ai travaillé avec une association qui cherchait depuis des années à attirer des dons de la part d'entreprises, dans le contexte de restriction budgétaire que nous vivons actuellement. Grâce à l'IA, cette association a créé une plaquette argumentaire mobilisant des articles juridiques et présentant des arguments personnalisés pour chaque entreprise qu'ils n'avaient jamais imaginés auparavant. Et cela a fonctionné !

Selon vous, l'IA représentera-t-elle vraiment une révolution, à la manière d'internet ?

J'irai même plus loin : je pense qu'on n'a pas connu de révolution de cette ampleur, même avec Internet !

Nous avons affaire à quelque chose de plus fondamental, qui questionne l'idée même de ce que fait l'humain. Des romans, des chansons, des discours politiques peuvent être rédigés avec l'aide de l'IA. Cela concernera même la rédaction des projets de loi ! Cela bouscule le rôle même des êtres humains dans la chaîne de valeur économique. Dans beaucoup de cas, l'IA permet une réduction des coûts spectaculaire. Cela sera à nous de choisir l'usage qui en sera fait : déciderons-nous de remplacer des bénévoles par l'IA... ou de démocratiser des connaissances jusqu'alors inaccessibles par le plus grand nombre ?

Profitons de l'opportunité qui s'offre à nous pour construire des modèles plus vertueux et des usages plus sobres. Mon objectif n'est pas que tout le monde utilise l'IA, mais que tout le monde se pose la question de son utilité et ses impacts

Source: https://www.lelabo-ess.org/vincent-aurez-co-fondateur-de-figen-ai-nous-avons-besoin-de-l-economie-sociale-et-solidaire-pour

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